Contacter un référent en audition :

Aménagement de poste RQTH : quelles solutions pour les troubles de l’audition en entreprise ?

En entreprise, suivre une conversation en réunion, comprendre une consigne à distance ou travailler dans un open space bruyant peut vite devenir un défi lorsqu’on est concerné par un trouble auditif.

9,8 millions de personnes en emploi en France se disent concernées par une gêne auditive, 8,5 millions par des acouphènes, et 6,4 millions par des problèmes de surdité. Des situations encore trop souvent invisibles, mais bien réelles.



Dans les environnements bruyants, ces troubles peuvent accentuer les difficultés de compréhension de la parole : d’après l’IFOP, 45 % des actifs estiment que le bruit au travail à des répercussions sur leur audition et 33 % signalent des difficultés de compréhension de la parole. À la clé, des incompréhensions, une fatigue cognitive importante et un risque de repli relationnel. Pourtant, la moitié des collaborateurs concernés ne disposent pas de l’équipement adapté.

Face à ce constat, la reconnaissance RQTH et l’aménagement de poste offrent aux RH des solutions concrètes pour agir.

Dans cet article, découvrez comment créer un environnement de travail réellement inclusif, grâce à un cadre structurant, des outils adaptés et un accompagnement dans le temps.

En un coup d’oeil

1. Ce qu’il faut savoir sur la RQTH et le handicap auditif en entreprise

1.1 RQTH : résumé de l’essentiel pour les RH

La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) ouvre l’accès à des aménagements de poste, à un accompagnement adapté et à des soutiens financiers ciblés.

Côté RH, elle facilite la mise en œuvre d’une politique handicap concrète, tout en apportant un cadre de dialogue structuré. En clarifiant les besoins et les possibilités d’ajustement, la RQTH permet de mieux gérer les situations de handicap au travail.

🔗 Pour approfondir le sujet de la  RQTH en entreprise, consultez notre article dédié : La reconnaissance RQTH, un levier d’inclusion et de soutien en entreprise.

1.2 Le handicap auditif : un handicap invisible

En France, 10 % de la population, soit plus de 6,8 millions de personnes, souffrent de troubles auditifs allant de pertes légères à sévères. Les troubles de l’audition restent complexes à déceler et à traiter de part les différents types de baisses d’audition et causes, ce qui va rendre leur inclusion plus délicate. 

Le handicap auditif est dit invisible : il ne se voit pas, mais ses répercussions sont bien réelles. Difficulté à suivre une conversation, isolement progressif, fatigue cognitive, baisse d’estime de soi… Autant d’impacts qui peuvent altérer la qualité de vie au travail sans signe extérieur.

Nombreux sont les collaborateurs qui hésitent à évoquer leur situation, par peur du regard des autres, ou parce qu’ils minimisent leur gêne. C’est pourquoi la reconnaissance officielle via la RQTH est une étape clé, à la fois pour libérer la parole et enclencher des actions concrètes.

Ce silence a un prix : près de 3 personnes sur 4 estiment que leur handicap a été un frein dans leur parcours professionnel. Sans reconnaissance ni adaptation, le risque de désengagement ou de départ augmente, souvent sans que les causes soient identifiées.

1.3 Ce que dit la loi : obligations et responsabilités de l’entreprise

L’article L5213-6 du Code du travail impose à l’employeur de mettre en place des aménagements raisonnables pour garantir l’accès, le maintien et l’évolution professionnelle des collaborateurs en situation de handicap.

Dans le cas du handicap auditif, cela comprend un environnement de communication inclusif, des outils adaptés ou des ajustements organisationnels.

La reconnaissance RQTH facilite l’identification de ces besoins et leur mise en œuvre.

2. Adapter le poste de travail d’un collaborateur malentendant : les bonnes pratiques

2.1 Identifier les besoins en co-construction avec le collaborateur

Tout aménagement de poste pertinent commence par une démarche de dialogue. Chaque situation de perte auditive est unique et dépend de la nature du trouble, de l’environnement de travail, des tâches réalisées, des habitudes de communication… Rien ne peut être décidé unilatéralement.

Le collaborateur est au cœur de la démarche, mais c’est la coordination fluide entre les RH, le référent handicap et le médecin du travail qui permet de poser le bon cadre et les bons repères. L’intervention d’un expert externe peut renforcer cette dynamique si nécessaire. Cette co-construction évite les maladresses et renforce l’efficacité des solutions mises en place. Cette implication renforce le sentiment de reconnaissance et la pertinence des aménagements mis en œuvre. 

Voici quelques exemples de questions pour vous accompagner dans l’identification des besoins du collaborateur :

  •  Y a-t-il des moments où votre surdité vous empêche d’être pleinement à l’aise ou efficace dans votre poste actuel ?
  • Comment préférez-vous que vos collègues et managers communiquent avec vous ? (mail, chat, visuel, langage des signes, autre…)
  • Avez-vous des difficultés lors des réunions d’équipe ou des appels téléphoniques ?
  • Des outils de transcription ou de communication (ex : Rogervoice, Ava, sous-titrage en visio) seraient-ils utiles ?
  • Souhaiteriez-vous un équipement visuel pour remplacer des alertes auditives ? (ex : flash lumineux, vibreur, notification visuelle sur écran)
  • Est-ce que votre position actuelle dans l’open space ou le bureau est adaptée pour voir vos interlocuteurs ?
  • Utilisez-vous actuellement des équipements spécifiques pour compenser votre surdité ? Faut-il les adapter au poste ?
  • Souhaitez-vous que l’entreprise vous aide à acquérir ou adapter certains matériels (amplificateurs, casques spéciaux, appli de transcription…) ?
  • Souhaitez-vous qu’on informe ou sensibilise vos collègues à votre surdité ? Si oui, comment et dans quelle mesure ?
  • Y a-t-il des aménagements horaires ou organisationnels qui pourraient faciliter votre quotidien (moins de visios, davantage de temps pour les comptes rendus, etc.) ?

2.2. Adapter les environnements clés : open space, réunions, visio, téléphone

Les environnements collectifs sont souvent les plus problématiques pour une personne malentendante. En open space, le bruit ambiant peut brouiller les échanges. Prévoir un bureau plus calme, des panneaux acoustiques ou des règles de communication écrites peut aider à créer un espace plus fonctionnel. Pour faciliter les échanges, il est recommandé d’utiliser un tableau blanc ou un chat d’entreprise pour communiquer par écrit. Il est également important de placer le collaborateur à un endroit stratégique afin qu’il bénéficie d’une bonne lumière et d’une vision d’ensemble sur ses collaborateurs. 

Les réunions — physiques ou en visioconférence — doivent être accessibles : 

  • privilégier les tables rondes ou ovales pour favoriser la lecture labiale,
  • avoir une bonne lumière,
  • sous-titrage automatique,
  • utilisation de solutions technologiques,
  • avoir un interprète,
  • tour de parole organisé,
  • comptes-rendus écrits de réunions.

Au téléphone, les solutions passent par : 

  • des casques adaptés,
  • l’usage de messageries, 
  • l’appui de solutions de transcription, selon les besoins.

Ces ajustements sont simples à mettre en place, mais nécessitent une vraie prise en compte des situations individuelles.

2.3. Les aménagements concrets sur les postes individuels

Le poste de travail lui-même peut être modifié sans bouleverser l’organisation. 
Parmi les solutions fréquemment utilisées :

  • des casques téléphoniques amplifiés ou filaires avec réduction de bruit,
  • des applications de transcription vocale comme Ava ou Google Live Transcribe, 
  • des logiciels facilitant la communication écrite (ex : outils de chat professionnel avec notifications visuelles),
  • des alertes visuelles pour les appels entrants ou alarmes (lumières flash),
  • une adaptation du mobilier (orientation face aux collègues, éclairage optimal pour la lecture labiale).
  • un système de boucles magnétiques dans les espaces communs
  • des solutions d’aides auditives (Roger), micro qui transmet la voix directement dans la prothèse auditive du collaborateur, utile en réunion ou en open space.


Ces outils doivent être choisis en fonction du poste occupé et faire l’objet d’une évaluation partagée, en lien avec le médecin du travail.


Pour aller plus loin, vous pouvez consulter la fiche pratique de l’Agefiph sur les aménagements de postes.

2.4 Les bons réflexes RH/management pour accompagner au quotidien

L’aménagement ne se résume pas à “mettre en place une solution et passer à autre chose”. Le handicap auditif peut évoluer avec le temps — progressivement ou soudainement — et les besoins du collaborateur aussi.

Il est donc indispensable de programmer des points réguliers pour ajuster ce qui doit l’être : confort d’usage, utilité des dispositifs, éventuelles nouvelles contraintes.

Ce suivi dans la durée permet d’éviter l’isolement ou la démotivation, en montrant au collaborateur que l’entreprise s’inscrit dans une logique d’accompagnement. Le manager a ici un rôle-clé : celui d’observer, d’écouter, et d’ouvrir l’espace à la réévaluation sans jugement.

Dans un marché de l’emploi encore peu inclusif, le taux de chômage des personnes sourdes est estimé à 39 %, soit trois à quatre fois plus que la population entendante. L’aménagement de poste est donc un levier puissant pour favoriser le maintien durable dans l’emploi et éviter les ruptures évitables.

3. Financer et mettre en œuvre les bons outils

3.1 Qui fait quoi ? Le rôle du médecin du travail, RH, référent handicap

Réussir un aménagement de poste, c’est d’abord mobiliser les bons acteurs au bon moment. Chacun a un rôle spécifique à jouer dans un cadre de coopération.

  • Le médecin du travail est en première ligne pour évaluer les contraintes médicales et les traduire en besoins professionnels concrets. Il peut proposer un aménagement ou alerter sur un risque en cas d’inadéquation entre poste et situation de santé.

  • Les RH assurent le pilotage global de la démarche : lien avec les instances internes et externes, suivi administratif, arbitrage budgétaire si nécessaire.

  • Le référent handicap, s’il est désigné, est un interlocuteur transversal. Il facilite la coordination, sécurise la démarche sur le plan réglementaire et peut accompagner le collaborateur dans la formulation de ses besoins. Il fait le lien avec la politique handicap de l’entreprise. Son rôle est aussi de mettre en place l’aménagement de poste en évaluant les besoins avec le collaborateur et en s’occupant d’aménager le poste par rapport au handicap.

3.2 Quels dispositifs de financement et comment en bénéficier ?

L’aspect financier ne doit pas être un frein à l’inclusion. Il existe plusieurs aides pour compenser les coûts liés aux adaptations nécessaires, à condition de disposer d’une RQTH.

Parmi les principales possibilités :

  • L’Agefiph (secteur privé) propose :
    → une aide à l’adaptation des situations de travail (mobilier, équipement, outils numériques),
    → une aide à la formation à l’usage des nouveaux outils,
    → la prise en charge partielle de prestations d’accompagnement.

  • Le FIPHFP (secteur public) finance des mesures comparables, via les référents handicap ou les services RH.

  • Les services de prévention et de santé au travail peuvent réaliser des études de poste utiles à la constitution du dossier.

  • Les OPCO peuvent, dans certains cas, cofinancer la formation liée à l’usage d’équipements ou à la communication.

  • Les entreprises ayant conclu un accord handicap avec l’Agefiph peuvent mobiliser un budget dédié, notamment pour le maintien dans l’emploi et l’aménagement des postes.

     

Zoom sur… les accords handicap 

Certaines entreprises signent un accord agréé avec l’Agefiph, leur permettant de transformer leur contribution OETH en actions concrètes en faveur du handicap.
Ces accords, d’une durée de 3 ans (renouvelables une fois), donnent accès à un budget dédié à investir dans cinq grands axes :

  1. Plan d’embauche et d’insertion
    Ex. : partenariats avec des agences de recrutement spécialisés, formation des recruteurs, financement du poste de référent handicap.
  2. Maintien dans l’emploi
    Ex. : financement d’aménagements de poste, jours d’absence rémunérés pour soins, accompagnement sur mesure.
  3. Formation
    Ex. : formations pour salariés ayant la RQTH, sensibilisation des équipes (managers, RH, collègues…).
  4. Communication et sensibilisation
    Ex. : campagnes internes, ateliers sur le handicap auditif… (limité à 25 % du budget).
  5. Recours au secteur protégé ou adapté
    Ex. : prestations externalisées auprès d’ESAT ou d’Entreprises Adaptées.

Ces accords sont validés par la Dreets. Le budget alloué doit être intégralement utilisé pendant la période : à défaut, le solde est versé à l’Urssaf.

À noter : le dispositif “100 % Santé” permet, sous certaines conditions, de bénéficier d’appareils auditifs entièrement pris en charge (classe I), grâce à la complémentaire santé et à l’Assurance maladie. Un levier souvent méconnu, qui peut faciliter l’accès aux aides auditives nécessaires à l’adaptation du poste.

Pour information, les démarches peuvent parfois être longues. Mieux vaut anticiper et s’entourer d’interlocuteurs compétents pour éviter les blocages ou refus liés à une mauvaise formulation du besoin.

4. Créer un climat propice à l’inclusion des collaborateurs malentendants

4.1 Former et sensibiliser les équipes au handicap auditif

Comprendre, c’est déjà inclure. Une grande partie des difficultés rencontrées par les collaborateurs malentendants provient de la méconnaissance ou de maladresses involontaires. Pour y remédier, il est essentiel de proposer des actions de sensibilisation adaptées aux réalités du terrain.

Cela peut prendre la forme :

  • d’ateliers d’écoute simulée pour ressentir les effets d’une perte auditive,
  • de webinaires ou mini-modules e-learning sur les bons réflexes de communication,
  • de campagnes internes (affiches, intranet) avec des messages simples et concrets.

Inclure les managers dans ces démarches est primordial : ils sont les premiers relais de comportements inclusifs dans l’équipe. Ces actions permettent de poser un cadre clair, d’ouvrir les discussions et de renforcer la coopération au quotidien.

4.2. Intégrer la prévention des risques sonores dans sa politique QVCT

L’inclusion commence aussi par la prévention. Trop souvent, les nuisances sonores sont tolérées jusqu’à devenir problématiques. Pourtant, elles impactent bien au-delà de la gêne auditive : fatigue, irritabilité, erreurs de communication…

D’après l’IFOP-JNA (2023), 52 % des actifs se disent gênés par le bruit au travail, et 78 % n’ont jamais bénéficié d’un dépistage auditif en entreprise. Intégrer la santé auditive dans les actions de Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT), c’est protéger l’ensemble des collaborateurs.

Quelques pistes simples :

  • proposer des dépistages auditifs lors des campagnes de prévention santé,
  • cartographier les zones à forte exposition sonore,
  • équiper les espaces de pause sonore.

Ces initiatives montrent que l’entreprise ne se contente pas d’adapter en cas de troubles, elle anticipe.

4.3. Normaliser l’aménagement : en faire une force, pas une exception

Et si l’aménagement de poste n’était plus l’exception, mais la règle ? Admettre que chacun peut avoir besoin d’adaptation à un moment donné, c’est faire de la flexibilité un pilier de gestion RH.

En rendant visibles les effets concrets des aménagements, l’entreprise encourage aussi d’autres collaborateurs à faire reconnaître leur situation. Lorsqu’un salarié voit qu’une RQTH débouche réellement sur un soutien tangible, il est plus enclin à entamer la démarche, ce qui contribue aux objectifs d’emploi et de maintien dans l’entreprise.

Un collaborateur mieux soutenu, c’est un professionnel plus serein, plus engagé, et mieux intégré. L’inclusion devient alors un réflexe collectif, pas un geste isolé.

CONCLUSION

Adapter un poste de travail pour un collaborateur malentendant, ce n’est pas cocher une case : c’est inscrire son accompagnement dans la durée et l’inclure pleinement dans la vie de l’entreprise.

De la reconnaissance RQTH à l’ajustement des outils et des espaces, chaque action renforce l’inclusion, la performance collective autant que la qualité de vie au travail.

84 % des DRH considèrent désormais l’inclusion comme une priorité stratégique, et 80 % des salariés attendent un engagement fort de la part de leur entreprise : l’aménagement de poste devient alors un levier d’alignement concret entre valeurs et actions.

Un aménagement bien pensé, c’est bien plus qu’une obligation : c’est un signal fort d’engagement et de respect.

👉 Vous souhaitez faire le point sur vos pratiques ou être accompagné dans vos démarches ? Découvrez les solutions proposées par SONUP SoCiety.

Sources :

Les articles qui pourraient vous intéresser.

Suivez toute l’actualité SONUP sur les réseaux.

Besoin d'en savoir plus ?

icone question deux point d'interrogation de couleurs bleu

Trouvez des réponses à vos problématiques individuelles en échangeant avec un référent en audition.

icone casque auditif

Faites le point tout de suite sur votre audition grâce à un test en ligne rapide & fiable

icone localisation de couleurs Orange

Trouvez un professionnel de santé près de chez vous pour effectuer un bilan auditif complet.