
La voix synthétique peut-elle remplacer la voix naturelle en audiométrie ?
La synthèse vocale a fait des progrès énormes ces dernières années, et son utilisation dans la vie quotidienne se répand un peu partout (télécommunications, services
Le matériel et les logiciels audiologiques tracent des courbes, sortent des indicateurs… Mais savez-vous précisément ce qu’ils mesurent et comment lire ces valeurs pour décider ?
Norme, écart-type : l’enjeu n’est pas d’ajouter du jargon, c’est de choisir le bon test, de comprendre et d’interpréter correctement les mesures, d’éviter les conclusions hâtives et de tenir compte des incertitudes de mesure et des conditions d’essai.
Cet article clarifie ce que définit une norme, montre comment lire un résultat avec sa variabilité et explique comment fiabiliser la prise de décision.
Une norme est un document de référence, élaboré par consensus et rendu public, qui décrit comment mesurer, fabriquer, vérifier ou décrire quelque chose afin que les résultats soient comparables, traçables et reproductibles.
Elle précise un périmètre, des conditions (matériel, environnement, procédure), des critères d’acceptation (seuils, tolérances) et un mode de preuve (traces, rapports).
La norme n’est ni une moyenne statistique, ni une loi : c’est un référentiel de méthode. À ne pas confondre avec une valeur normative (référence statistique issue d’une population).
Normaliser en audiologie permet de garantir qu’un résultat obtenu aujourd’hui, avec votre matériel, dans votre cabine, puisse être comparé à un résultat obtenu ailleurs, demain, avec un autre équipement.
Une norme en audiologie décrit les exigences et bonnes pratiques :
Les tests d’audiométrie vocale jouent un rôle essentiel pour l’évaluation fonctionnelle et l’orientation de la prise en charge de la réhabilitation des troubles auditifs. Cependant, les résultats de ces évaluations dépendent du matériel vocal (listes, locuteur, enregistrement/synthèse) et des méthodes de normalisation utilisées.
C’est pour garantir une comparabilité minimale entre les différents tests auditifs (y compris ceux utilisant du matériel dans diverses langues) que la norme internationale ISO 8253-3 (2022) a été développée. Elle spécifie les exigences et conditions de la “speech audiometry” (matériel, calibration, conditions d’essai, présentation/rapport). Les valeurs de référence relèvent quant à elles de l’étude normative du test.
La norme donne le cadre méthodologique. La normalisation d’un test est la démarche concrète qui consiste à appliquer le cadre de la norme :
Les études de normalisation associées à un test fournissent donc deux principales valeurs de référence :
Par analogie, on peut imaginer que la moyenne, c’est le centre d’une cible, et que l’écart-type décrit à quel point les flèches des sujets sains tombent serrées ou éparpillées autour de ce centre. C’est ce couple moyenne et écart-type qui permet de situer un patient de façon intelligible.
En pratique, si la distribution est proche d’une normale (c’est-à-dire que les valeurs se répartissent de façon symétrique autour d’une moyenne) et que l’échantillon est représentatif : environ 68 % des valeurs se situent dans ±1 écart-type autour de la moyenne, environ 95 % dans ±2 écarts-types, et 99,7 % dans ±3 écarts-types.
Courbe de distribution normale : visualisation des zones de ± 1, 2 et 3 écarts-types
Comme nous l’avons évoqué plus haut, dans beaucoup de mesures biologiques proches d’une distribution normale, ± 2 écarts-types couvre ~95 % de la population de référence. Être au-delà de 2 écarts-types dans le sens défini comme défavorable (= avoir un résultat “plus mauvais” que la moyenne de 2 écarts-types) signifie sortir de la zone attendue des sujets normo-entendants : c’est un signal d’anomalie.
La référence de ± 2 écarts-types autour de la moyenne est une convention statistique robuste, pas une loi, mais largement admise en audiométrie vocale (quand la distribution est normale).
En France, l’arrêté du 14 novembre 2018 (JO du 16/11/2018) mentionne, parmi les indications de prise en charge des aides auditives, une « dégradation significative de l’intelligibilité en présence de bruit », définie par un écart du rapport signal de parole / niveau de bruit (RSB/SNR, en dB) supérieur à 3 dB par rapport à la valeur de référence du test utilisé.
Concrètement, cela signifie qu’un résultat en vocale dans le bruit s’écartant d’au moins 3 dB de la référence du test peut contribuer à documenter cette indication réglementaire, à interpréter au sein de l’évaluation clinique globale (anamnèse, audiométrie tonale, cohérence inter-tests, conditions de passation). Selon le cadre prévu par le texte, cet élément peut alors être mobilisé par le médecin (ORL ou médecin habilité) dans la décision de prescription, y compris lorsque la perte tonale moyenne est peu marquée.
Le critère réglementaire de +3 dB d’écart à la norme en vocale dans le bruit constitue une définition réglementaire (fondée sur l’écart en dB), distincte d’un critère statistique lié à l’écart-type. Or, tout dépend précisément de l’écart-type du test utilisé.
Deux exemples pour comprendre :
Représentation graphique pour deux tests dont les écart-types sont différents
Un même écart en dB peut donc mener à des conclusions différentes selon le test utilisé et l’écart-type associé. En ce sens, le critère de +3 dB seul peut conduire à des interprétations discordantes s’il n’est pas rapporté systématiquement :
Le critère réglementaire +3 dB intervient seulement ensuite, pour les aspects médico-administratifs.
Le test SoNoise a fait l’objet d’une étude de normalisation, publiée en 2024 dans la revue scientifique à comité de relecture “Frontiers in Audiology and Otology”. Objectif de l’étude : établir des valeurs de référence chez des sujets normo-entendants (donc une moyenne et un écart-type), et vérifier la capacité du test à discriminer des profils auditifs différents sur une population plus large.
Le protocole et la population normative ont été définis en cohérence avec les exigences de l’ISO 8253-3 :
Les mesures ont été réalisées sur tablette Android avec un casque Bluetooth calibré. Le test est un test de compréhension vocale dans le bruit (Speech-in-Noise) mesuré en SRT50 (rapport signal/bruit pour 50 % d’intelligibilité) exprimé en dB SNR.
Dans les conditions de l’étude (voix synthétique, présentation dichotique antiphasique), les valeurs de référence rapportées sont :
Comme évoqué plus haut, en France, l’arrêté du 14 novembre 2018 (JO du 16/11/2018) retient, parmi les indications de prise en charge des aides auditives, une « dégradation significative de l’intelligibilité en présence de bruit », définie par un écart du SNR de plus de 3 dB par rapport à la norme du test utilisé. Ce seuil est exprimé en dB, sans évoquer la notion d’écart-type.
Concernant le test SoNoise, l’écart-type est d’environ 1,5 dB. Donc 2 écarts-types ≈ 2 × 1,5 dB ≈ 3 dB. Dans cette configuration, le critère réglementaire de +3 dB par rapport à la valeur de référence correspond bien à 2 écarts-types par rapport à la moyenne normative. Le résultat du SoNoise peut donc bien être utilisé pour documenter l’écart à la référence dans le cadre réglementaire (en complément de l’évaluation clinique), et contribuer à la décision de prescription.
En France, 9,7 % des adultes déclarent une perte auditive en 2025, soit environ 1 personne sur 10 (EuroTrak France 2025). Ce chiffre inclut des situations très diverses, de la gêne légère aux pertes plus marquées. Il permet de mesurer l’ampleur du sujet au niveau national et d’expliquer pourquoi l’audition est un enjeu de santé publique majeur.
En 2025, 5,4 % des Français portent des aides auditives (EuroTrak France 2025). Ce chiffre concerne l’ensemble de la population, qu’elle se déclare ou non malentendante. Il permet de mesurer la place des aides auditives dans la société française, mais ne dit pas à lui seul si les personnes concernées sont suffisamment équipées.
Parmi les personnes qui déclarent une perte auditive, 55,5 % sont équipées d’aides auditives (EuroTrak France 2025). Autrement dit, un peu plus d’une personne concernée sur deux est appareillée, tandis qu’une part importante ne l’est pas. Ce chiffre est central pour comprendre les enjeux d’accès à l’équipement.
Parce que les deux chiffres ne portent pas sur le même groupe. 5,4 % correspond à la part de la population totale qui porte des aides auditives. 55,5 % correspond uniquement aux personnes qui déclarent une perte auditive. Certaines personnes portent des aides sans se définir comme “malentendantes”, car la notion repose sur un ressenti et une déclaration personnelle.
Selon EuroTrak France 2025, 74 % des porteurs d’aides auditives sont équipés aux deux oreilles. Ce taux élevé montre que, lorsqu’un appareillage est mis en place, il est le plus souvent bilatéral. Cela reflète une recherche de confort et de compréhension accrue, notamment dans les environnements bruyants.
Le bruit en open space est nettement plus gênant qu’en bureau individuel. En 2025, 65 % des salariés en open space à postes fixes se disent gênés, contre 60 % en open space sans postes attitrés et 42 % en bureau individuel fermé (Baromètre Bruit & Santé auditive au travail 2025 – JNA/Ifop). L’organisation de l’espace joue donc un rôle clé.
En 2025, 56 % des actifs déclarent être gênés par le bruit au travail (Baromètre JNA/Ifop 2025). Sur l’ensemble des actifs, 73 % rapportent au moins une répercussion sur la santé liée au bruit, dont 52 % une répercussion auditive. Les effets les plus cités sont la fatigue, les difficultés de concentration et le stress ; la compréhension de la parole est aussi souvent impactée, notamment en open space.
Le dépistage auditif progresse mais reste insuffisant. Selon EuroTrak France 2025, 33 % des Français ont réalisé au moins un test auditif sur les cinq dernières années. Cela signifie que deux tiers de la population ne se sont pas fait tester récemment, alors même que les troubles auditifs peuvent s’installer de façon progressive et passer inaperçus.
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